ING : SEPA pour une usine de paiements de masse

Interviews de M. Bernard Roman, Membre du Management Committee et de M. Hubert Lecomte, Responsable du Département Payments &  Cash Management. (SAB Infos - Septembre 2008)

Le groupe ING fait partie du Top 5 des « Clearers » en Euro depuis plusieurs années (15% des flux EBA), aidé par une présence dans plus de 20 pays en Europe (banque universelle au Benelux, en Pologne, en Roumanie, en Turquie et bientôt en Ukraine) et par un portefeuille de 85 millions de clients.

ING a été le cofondateur de l’European Payment Council qui initie et définit ce que sont et seront les standards de paiements dans la zone SEPA.

C’est donc un acteur essentiel de la révolution économique (harmonisation des tarifs) et technique (harmonisation des standards) des paiements européens que nous avons interrogé pour faire un point sur les neuf premiers mois écoulés et sur sa « stratégie industrielle ».

ING est la seule institution à disposer avec un autre concurrent, d’une véritable centrale européenne de paiement de masse en Euro (au Benelux), pour l’ensemble de ses entités et l’ensemble de ses clients.

Ce type d’infrastructure est un avantage concurrentiel fort, quand il faut réduire les coûts pour compenser la baisse attendue des tarifs par la clientèle. Les concurrents ne s’y sont pas trompés, c’est leur objectif et ils vont essayer de la mettre en œuvre pour SEPA V2 : les SDD.

Bernard Roman rappelle que cette position de leader est le fruit d’une stratégie volontariste engagée dès les premières réflexions sur la Single European Payments Area (SEPA).

ING avait la chance de disposer d’une infrastructure technique de paiements de masse et d’une expérience opérationnelle, acquises grâce à la PostBank (la banque postale néerlandaise) avec laquelle la Banque NMB avait fusionné en 1989 puis avec la Nationale-Nederlanden en 1991 pour former ING.

La Postbank gérait des volumes importants de paiements domestiques, avec des clients « gros remettants » : un seul d’entre eux remet déjà plus de 200 millions d’opérations par an.

ING devait « simplement » adapter « l’usine » aux nouveaux standards SEPA, la connecter à l’ensemble de ses succursales et filiales, et ajuster l’organisation pour offrir un véritable « hub » de paiements en Euro.

Ce hub est aujourd’hui opérationnel pour certains pays depuis janvier dernier pour les SCT ; pour les SDD, ING sera prêt au 1er novembre 2009.

60 banques, participants indirects, ont d’ores et déjà adhéré à l’offre SEPA d’ING.

Ce projet nécessite d’importants investissements chaque année.

ING en France s’articule autour de trois pôles :

  • La banque directe à travers ING Direct qui affiche 1 200 000 comptes (700 000 clients),
  • L’immobilier, avec ING Real Estate,
  • Le Wholesale Banking qui offre à une clientèle de Grandes Entreprises et d’Institutionnels des produits et services de financement, du cash management, du leasing, des placements et de la gestion de trésorerie.

ING Wholesale Banking France est historiquement le tout premier client SAB par « héritage » de la Banque Bruxelles Lambert (1992). Son Département Payments & Cash Management dirigé par Hubert Lecomte, est responsable de l’offre SEPA.

La France est un pays clef au sein du dispositif avec globalement plus de 15 milliards d’opérations échangées sur le clearing local, dont 7 milliards sur les flux cartes.

La solution SAB SEPA est interfacée avec le hub pour recevoir les flux intragroupe, effectuer les contrôles, le routage, la comptabilisation, la facturation et renvoyer les acquittements de traitement ainsi que les messages de rejets.

Depuis le 28 janvier, Hubert Lecomte constate que si le nombre de SCT progresse chaque jour, il reste encore faible, à l’émission comme à la réception. C’est une constatation générale sur toute l’Europe, les Entreprises et les Institutionnels n’ont pas eu d’engouement pour le premier produit : changer les BBAN en IBAN et BIC prend du temps!

Par contre l’arrivée du prélèvement SDD devrait susciter beaucoup plus d’intérêt dès que tous les détails seront connus.

L’enjeu technique principal autour du SDD est de gérer le nouveau mandat créditeur (CMF) retenu par l’EPC. Le créancier communique le mandat dont il est le détenteur en émettant son prélèvement ; ce n’est plus la banque du débiteur qui détient le mandat et effectue le contrôle.

Les banques auront intérêt à retranscrire l’information disponible sur leurs mandats débiteurs ce que propose la solution SAB pour mieux se préparer à la réception des CMF, et à offrir toutes les garanties de rejet en cas de désaccord sur le prélèvement émis par un créancier.

 

Les avantages du SEPA pour les Entreprises et les Institutionnels sont nombreux :

  •  Une offre de moyens de paiement complète, standardisée : virement, prélèvement ;
  •  Avec comme corollaire, la possibilité de mettre en œuvre de vraies « Payments Factories » au sein des grands clients et plus particulièrement au niveau de leurs directions financières (cf. « Financial Shared Services ») ;
  • Une réduction du nombre de comptes bancaires sur la zone avec à la clé une simplification de la gestion de la liquidité ;
  • Des commissions d’interchange, aujourd’hui assez élevées et pénalisantes pour l’émetteur du prélèvement, qui devraient baisser à moyen terme ; il est temps de consolider ses opérations pour renégocier avec son banquier !
  • Les logiciels d’EDI ou les standards pour émettre ces flux sont plus abordables (cf. offres packagées Swiftnet) ;
  • La gestion de zones d’information complémentaires ou étendues qui facilitent les réconciliations.

L’offre SEPA d’ING a séduit plusieurs grands comptes français, Grandes Entreprises ou Institutionnels.

Les plus de l’offre d’ING sont sans doute :

  • Son hub : il permet de proposer de meilleures conditions avec un effet volume (compensation via EBA) ;
  • Sa capacité à proposer différents canaux d’entrée et formats (internet, Swiftnet, station Etebac, FTP, CFT, PeSIT) et de s’adapter au spécifique !
  • Son support local qui dialogue en interface avec le hub ;
  • Son reporting (AFB 240) pour une meilleure information sur les rejets ;
  • Sa capacité à continuer à traiter les produits français « non-SEPAisés ».

SEPA est une formidable innovation pour traiter en automatique des flux de paiement sur toute l’Europe, mais le STP n’est pas encore là, car beaucoup de rejets sont constatés : des BIC erronés (l’annuaire Swift n’est pas forcément la meilleur référence !), des comptes clos, des données incorrectes sur les bénéficiaires … Plusieurs mois ou années … seront nécessaires pour fluidifier les flux !

En cette période d’absence de « liquidité », nombre de banquiers redécouvrent la vertu de la gestion des paiements et d’une activité orientée vers des services compétitifs pour les Entreprises et les Institutionnels.

Interviews de M. Bernard Roman, Membre du Management Committee et de M. Hubert Lecomte, Responsable du Département Payments &  Cash Management. (SAB Infos - Septembre 2008)