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Vous venez à peine de vous familiariser avec la notion de FinTech. Voici son évolution qui fait vibrer l’édition 2016 du London FinTech Week : les RegTech (pour ‘Regulatory technology’). L’ambition affichée : gérer tous les aspects réglementaires financiers, du calcul des ratios à la remise des rapports financiers en passant par la cartographie des risques et le KYC (Know Your Customer).

A la croisée des chemins entre réglementation et innovation technologique

L’objectif de ces nouveaux acteurs est de répondre aux défis suivants :

  • Inflation réglementaire : Selon la Commission Européenne, les aides d’états pour le secteur financier ont atteint 4100 milliards d’euros dans le sillage de la crise des subprimes (voir ici). Suite à ce ‘traumatisme’, le nombre de réglementations représentées par des acronymes allant de 3 à 9 lettres n’a cessé d’augmenter : FATCA, EMIR, FINREP, COREP, AEOI, ECKERT, ANACREDIT etc., induisant un défi réglementaire sans précédent pour les établissements financiers.
  • Nouveaux entrants, nouveaux besoins : Les nouvelles banques/établissements de paiement (Compte Nickel, N26, Mondo, etc.) semblent avoir une appétence forte pour l’externalisation. Ces acteurs sont complémentaires avec les RegTech sur les aspects réglementaires et ont intérêt à capitaliser sur l’expertise de ces dernières pour rester concentrés sur leur cœur de métier.
  • Accroissement du rythme de remise des rapports : A titre d’exemple, les délais pour les reportings COREP et FINREP sont passés de 2 mois à 30 jours avec une augmentation en parallèle de la fréquence (Remise mensuelle des LCR par exemple).
  • Nécessité de cohérence : Assurer la cohérence de l’ensemble des données remises aux régulateurs représente un challenge à même de renforcer le rôle des RegTech. L’objectif étant d’éviter les erreurs susceptibles d’être sanctionnées. Ce besoin est encore accru pour les entités combinant plusieurs systèmes d’information segmentés et sans base financière commune.
  • Evolutions récurrentes : Les changements réglementaires demandent des mises à jour constantes des dispositifs initialement mis en place. FINREP a par exemple connu plusieurs mises à jour successives alors que les processus de connaissance du client (KYC) sont de plus en plus exigeants (lutte anti-blanchiment, FATCA etc.).

 Les ambitions des RegTech

  • Réactivité : Pouvoir répondre aux changements et évolutions dans un court laps de temps avec la possibilité de mettre à jour rapidement le progiciel selon les nouveautés réglementaires à peu de frais.
  • Cohérence : Centraliser et rapprocher les données comptables et de gestion en amont pour éviter les erreurs potentielles. A ce titre, la loi ECKERT a été la source de plusieurs amendes dans le secteur de l’assurance. Certaines banques ont d’ailleurs fait le choix de centraliser les données sur une base financière commune depuis plusieurs années (ex : ARPEGE au Crédit Agricole).
  • Flexibilité : Le client veut payer pour ce qu’il consomme et disposer d’un forfait mensuel qui lui permette également d’accéder à des offres complémentaires selon ses besoins (Etudes de marché, zoom produit etc.). C’est la logique de SAB Services (Saas[1] et BPO[2]).
  • Valeur ajoutée : C’est là l’aspect le plus novateur de ces nouvelles firmes. Elles ne comptent vraisemblablement pas s’arrêter à l’émission de rapports mais bien entrer dans la gestion d’informations (Big Data, Intelligence artificielle etc.), et ce à tous les niveaux.

Au-delà du réglementaire !

La centralisation des données bancaires (comptables et de gestion) devrait permettre aux RegTech d’investir massivement dans le ‘Big Data’ pour fournir des informations métiers détaillées aux banques qui prennent de plus en plus de décisions en fonction de contraintes réglementaires (provision des crédits, ratio fonds propres etc.).

A terme, on peut même supposer que chaque décision prise par un acteur opérationnel de la Banque pourra avoir été déterminée selon l’intérêt du groupe dans son ensemble, à un instant T.

Par ailleurs, l’émergence de l’intelligence artificielle est au cœur des bouleversements à venir. Des exemples concrets d’utilisation concernent le traitement des bases de données mises en place pour répondre aux demandes des régulateurs (FATCA, AEOI OECD etc.,). Assurer un screening automatisé et intelligent de ces bases pour cibler les personnes exposées, susceptibles d’être impliquées dans des scandales internationaux (remontée d’alertes personnalisées et ciblées de type Reuters, pour une prise de décision rapide) permettrait d’anticiper les risques et de les canaliser en amont.

En conclusion, les RegTech, semblent proposer des solutions nouvelles et réactives qui ne seront pas sans poser de défis en termes d’interfaçages, de confidentialité et de gestion des données (cloud). La grande inconnue reste le degré de valeur ajoutée que ces nouveaux acteurs pourront fournir à leurs clients dans le traitement des données (ce nouvel or noir !) ainsi que la pérennité de leur business model en période de ‘déflation réglementaire’. Quoiqu’il en soit, l’environnement réglementaire et le changement technologique sont des facteurs incitatifs à l’émergence de nouveaux acteurs pour répondre aux besoins immédiats des banques : réduire les coûts et contrôler les risques en temps réel.

Pour aller plus loin :

  • RegTech is the new FinTech : How agile regulatory technology is helping firms better understand and manage their risks (Deloitte 2015)
  • La multiplication des reportings réglementaires, source d’enjeux organisationnels et de recherche de cohérence pour le secteur financier (Finance & strategy par Siapartners 2016)
  • Innovation in RegTech – London Fintech Week 2016 – YouTube

[1] Software as a Service (Saas)
[2] Business Process Outsourcing (BPO)